Histoire amoureuse des Gaules; suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle, Tome I
Pour divertir sa maîtresse madame de Montglat, Bussy-Rabutin compose vers 1659 cette chronique scandaleuse où, sous des noms d'emprunt romanesques, il dépeint avec esprit les amours, les intrigues et les débauches des plus grands seigneurs et des plus belles dames de la cour de Louis XIV. Brillant militaire et bel esprit de son époque, l'auteur ne destinait d'abord son texte qu'à un cercle d'intimes; mais une copie dérobée par la marquise de la Baume se répand sous le manteau, provoque un scandale retentissant, enhardit ses ennemis et précipite sa disgrâce. Le présent volume rassemble cette œuvre et d'autres romans historico-satiriques du XVIIe siècle.
Au-delà de l'anecdote galante, ce livre vaut comme document sur les mœurs aristocratiques du Grand Siècle et sur le pouvoir redoutable de la satire. Il révèle les coulisses d'une cour où la médisance fait et défait les fortunes, illustrant comment une plume trop libre pouvait coûter à son auteur la faveur royale, la liberté et l'exil. Témoignage mordant et élégant, il éclaire les liens entre littérature, libertinage et politique.
How it begins
mais j'ai peur qu'on n'attaque la qualité ou la moralité de mon style épigraphique. Je voudrois du moins, puisque je viens de vivre assez longtemps avec elles, ne pas quitter toutes ces pécheresses sans leur dire adieu, et je désirerois concentrer mes derniers hommages en une vingtaine de vers de circonstance; peut-être les aurois-je tournés ainsi: L'art antique disoit: Qu'on adore les belles! Les poètes disoient: Que tout cède à l'amour! Les poètes et l'art aujourd'hui sont rebelles Au culte dont Laïs a vu le dernier jour. O femmes! la beauté, c'étoit une victoire, C'étoit une grandeur, c'étoit une vertu; On ne s'informoit pas, pour chanter son histoire, De quel or, sous quel toit, Laïs avoit vécu. Il suffisoit qu'elle eût la chevelure blonde: La femme étoit Vénus; un grand œil plein d'éclairs: La femme étoit Minerve. Ô sagesse du monde! Devant d'autres autels s'agenouillent nos vers. Notre admiration se proclame éblouie Par la splendeur des lois qui plaisent aux Césars. Midas a des enfants; la foule, recueillie, Applaudit aux décrets de leur goût pour les arts. Mieux valoit quand, le front ceint du parfum des roses, Les poètes et l'art saluoient le soleil, Le printemps, le feuillage, et les femmes écloses, Comme de jeunes fleurs, en leur temple vermeil.
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