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Du côté de chez Swann

by Marcel Proust

fr · ~690 min at 250 WPM

Longtemps, je me suis couché de bonne heure : ainsi s'ouvre le récit d'un narrateur qui, dans le demi-sommeil, voit affluer les souvenirs. Une gorgée de thé où trempe une madeleine ressuscite soudain Combray, le village de son enfance, ses promenades du côté de chez Swann et du côté de Guermantes. Le roman enchâsse aussi « Un amour de Swann », où le riche dilettante Charles Swann se consume de jalousie pour la frivole Odette de Crécy, et s'achève sur l'amour naissant du narrateur pour Gilberte, aux Champs-Élysées.

Première partie d'À la recherche du temps perdu, l'œuvre explore la mémoire involontaire, la fuite du temps, la jalousie et le pouvoir de l'art. Par sa prose ample, ses phrases sinueuses et son analyse minutieuse de la conscience, Proust révolutionne le roman moderne. Il montre comment le passé, cru aboli, survit en nous et peut, par une sensation, renaître intact. Chef-d'œuvre fondateur, il demeure une exploration inégalée de l'intériorité humaine.

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How it begins

Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire: «Je m’endors.» Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait; je voulais poser le volume que je croyais avoir encore dans les mains et souffler ma lumière; je n’avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier; il me semblait que j’étais moi-même ce dont parlait l’ouvrage: une église, un quatuor, la rivalité de François I er et de Charles Quint. Cette croyance survivait pendant quelques secondes à mon réveil; elle ne choquait pas ma raison mais pesait comme des écailles sur mes yeux et les empêchait de se rendre compte que le bougeoir n’était plus allumé. Puis elle commençait à me devenir inintelligible, comme après la métempsycose les pensées d’une existence antérieure; le sujet du livre se détachait de moi, j’étais libre de m’y appliquer ou non; aussitôt je recouvrais la vue et j’étais bien étonné de trouver autour de moi une obscurité, douce et reposante pour mes yeux, mais peut-être plus encore pour mon esprit, à qui elle apparaissait comme une chose sans cause, incompréhensible, comme une chose vraiment obscure.

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