Les misérables Tome V: Jean Valjean
Les barricades de juin 1848 ne se sont pas encore tues que déjà tout se joue. Dans ce cinquième tome, l'insurrection de 1832 atteint son paroxysme : sur la barricade de la rue de la Chanvrerie, les amis de l'ABC tombent les uns après les autres. Jean Valjean y surgit, sauve Marius blessé et le porte à travers les égouts de Paris, traînant ce corps inerte dans la fange. À la sortie, l'inflexible Javert l'attend ; mais le policier, déchiré entre la loi et la reconnaissance, le laisse partir avant de se donner la mort. Restent l'aveu de Valjean, le mariage de Marius et Cosette, l'effacement du vieil homme et sa mort.
Hugo y porte à son terme sa méditation sur la rédemption : un forçat devient saint à force de renoncement, et l'amour paternel se confond avec le sacrifice. Justice et conscience, loi et pitié, ténèbres et lumière s'y affrontent. C'est le couronnement bouleversant d'une œuvre où la misère humaine appelle, sans relâche, la miséricorde.
How it begins
Les deux plus mémorables barricades que l'observateur des maladies sociales puisse mentionner n'appartiennent point à la période où est placée l'action de ce livre. Ces deux barricades, symboles toutes les deux, sous deux aspects différents, d'une situation redoutable, sortirent de terre lors de la fatale insurrection de juin 1848, la plus grande guerre des rues qu'ait vue l'histoire. Il arrive quelquefois que, même contre les principes, même contre la liberté, l'égalité et la fraternité, même contre le vote universel, même contre le gouvernement de tous par tous, du fond de ses angoisses, de ses découragements, de ses dénûments, de ses fièvres, de ses détresses, de ses miasmes, de ses ignorances, de ses ténèbres, cette grande désespérée, la canaille, proteste, et que la populace livre bataille au peuple. Les gueux attaquent le droit commun; l'ochlocratie s'insurge contre le démos. Ce sont là des journées lugubres; car il y a toujours une certaine quantité de droit même dans cette démence, il y a du suicide dans ce duel; et ces mots, qui veulent être des injures, gueux, canaille, ochlocratie, populace, constatent, hélas! plutôt la faute de ceux qui règnent que la faute de ceux qui souffrent; plutôt la faute des privilégiés que la faute des déshérités.
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