Les Fleurs du Mal
Les Fleurs du Mal réunit pour la première fois, en 1857, les poèmes que Baudelaire avait jusque-là dispersés dans les journaux d'avant-garde. Publié par son ami Poulet-Malassis sous un titre trouvé par Hippolyte Babou, le recueil se présente comme un bouquet de fleurs rares et vénéneuses. Le succès est immédiat, mais le parquet impérial défère aussitôt l'ouvrage devant les tribunaux : condamné pour outrage à la morale publique, Baudelaire doit retrancher six pièces et payer une amende. En 1861 paraît une édition à la fois mutilée et augmentée, organisée en sections — « Spleen et Idéal », « Tableaux parisiens », « Le Vin », « La Mort » — qui dessinent un itinéraire spirituel.
Le recueil explore la tension entre l'idéal et la déchéance, la beauté et le mal, l'ennui dévorant que Baudelaire nomme le spleen. Mêlant sensualité, mysticisme et conscience aiguë de la solitude humaine, il transforme la laideur et la souffrance en or poétique. Œuvre fondatrice de la modernité, il a durablement renouvelé la langue et la sensibilité de la poésie française.
How it begins
Charles Baudelaire avait un ami, Auguste Poulet-Malassis, ancien élève de l'école des Chartes, qui s'était fait éditeur par goût pour les raffinements typographiques et pour la littérature qu'il jugeait en érudit et en artiste beaucoup plus qu'en commerçant; aussi bien ne fit- il jamais fortune, mais ses livres devenus assez rares sont depuis longtemps très recherchés des bibliophiles. Les poésies de Baudelaire disséminées un peu partout dans les petits journaux d'avant-garde comme le Corsaire et jusque dans la grave Revue des Deux-Mondes, n'avaient point encore, en 1857, été réunies en volume. Poulet-Malassis, que le génie original de Baudelaire enthousiasmait, s'offrit de les publier sous le titre de Fleurs du Mal, titre neuf, audacieux, longtemps cherché et trouvé enfin non point par Baudelaire ni par l'éditeur, mais par Hippolyte Babou. Les Fleurs du Mal se présentaient comme un bouquet poétique composé de fleurs rares et vénéneuses d'un parfum encore ignoré. Ce fut un succès--succès d'ailleurs préparé par la Revue des Deux- Mondes qui, en accueillant un an auparavant quelques poésies de Baudelaire, avait mis sa responsabilité à couvert par une note singulièrement prudente.
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