Le cycle mythologique irlandais et la mythologie celtique / Cours de littérature celtique, tome II
Un des documents les plus souvent cités sur la religion celtique est un passage de César décrivant les dieux des Gaulois — Mercure, Apollon, Mars, Jupiter, Minerve — sous des noms romains. Partant de cette équivalence apparente, confirmée par les inscriptions gallo-romaines, d'Arbois de Jubainville entreprend de reconstituer la mythologie celtique propre, par-delà l'interpretatio romana. Ce second tome du Cours de littérature celtique explore le cycle mythologique irlandais, ses dieux et ses héros, et confronte les témoignages antiques aux sources insulaires médiévales pour dégager le génie religieux original des Celtes.
L'ouvrage interroge la méthode même de la mythologie comparée : à quelles conditions peut-on affirmer l'identité de deux divinités issues de traditions distinctes ? Refusant les rapprochements superficiels, l'auteur réclame un accord sur les points fondamentaux. Œuvre fondatrice de la celtologie érudite, il demeure essentiel pour comprendre comment les croyances gauloises et irlandaises se sont transmises, transformées et conservées jusqu'aux textes d'Irlande.
How it begins
Un des documents le plus souvent cités sur la religion celtique est un passage de César, De bello gallico , où le conquérant de la Gaule raconte quels sont, suivant lui, les principaux dieux des peuples qu'il a vaincus dans cette contrée: «Le dieu qu'ils révèrent surtout est Mercure; ses statues sont nombreuses. Les Gaulois le considèrent comme l'inventeur de tous les arts, le guide dans les chemins et les voyages; ils lui attribuent une très grande influence sur les gains d'argent et sur le commerce. Après lui viennent Apollon, Mars, Jupiter et Minerve. De ceux-ci ils ont presque la même opinion que les autres nations: Apollon chasse les maladies; Minerve instruit les débutants dans les arts et les métiers; Jupiter a l'empire du ciel; Mars a celui de la guerre. Quant ils ont résolu de livrer bataille, ils lui consacrent d'avance par un vœu le butin qu'ils comptent faire [1] ...» Si nous prenons ce texte au pied de la lettre, il paraît que les Gaulois auraient eu cinq dieux presque identiques à autant de grands dieux romains: Mercure, Apollon, Mars, Jupiter et Minerve; la différence n'aurait guère consisté que dans les noms. Cette doctrine semble confirmée par des inscriptions romaines, où des noms gaulois sont juxtaposés comme épithètes ou par apposition aux noms de ces dieux romains. On pourrait donner de nombreux exemples.
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